Au pays du plastique

Ça y est, ma liste est prête. L’organisation est bien rodée, je sais déjà par où je dois commencer. Tout droit, à droite, deux aller-retours, au fond, et retour au point de départ. Je me donne une heure, je n’aime pas rester plus : j’étouffe dans les supermarchés.

Je passe les portes automatiques, et traîne mon caddie de mamie derrière moi. Je l’ai choisi joli, petits hiboux et couleurs sobres, pour me donner un peu de contenance. Surtout qu’il grince, je ne passe pas inaperçue ! Mais malgré ce qu’il pourrait suggérer de mon ancienneté, ce caddie, je l’aime bien: il dit que je viens là à pied, que je ne conduis pas. Il dit que je consomme moins, et que je m’organise. Il me rappelle ce temps où je consommais bio, où j’étais colibris. Oui, ce caddie, n’en déplaise à certains, je le trouve bien moderne.

A peine ai-je franchi les premiers mètres que déjà l’angoisse m’étreint. Lumière blanche, couleurs franches, des « sales » ([sèiiiiilze]), des bonnes affaires, et les pires tentations bien savamment placées dans les premiers rayons. Tout de même, je dois reconnaître aux Anglais que l’absence de musique dans leurs supermarchés est bien appréciable. Mais tout le reste y est : les gadgets improbables, la vaisselle jetable, et tous les consommables.

Cela fait bien huit mois que je viens là pourtant. Je devrais m’habituer. Mais non, rien à faire, chaque fois que j’entreprends de remplir mon caddie de bons produits gourmands, de fruits, de légumes, de pain… c’est la même musique. La même déception. Les mêmes remords.

Parce que oui, je l’avoue, ici : je consomme du plastique. Du plastique sur les pommes, du plastique en salade, du plastique en bacon, du plastique, du plastique…  à vous en rendre malade. Ne cherchez pas un pain qui ne soit emballé. Ne cherchez pas un fruit, un brocolis, une botte de radis qui ne soit sous plastique. Et puis ne parlons pas des  légumes découpés ! Ici, vous consommez des demi-concombres en toute saison, des fraises et des framboises, et de pauvres tomates sorties jaunes du camion.

Je fais ce que je peux. Le pire, je l’évite. Quand je peux me passer de cette couche de plastique, je vous jure, je le fais. Mais restent mes remords… Remords de choisir des pommes voyageuses en provenance de Nouvelle-Zélande, des choux exotiques d’Italie, des brocolis d’un quelconque pays. Remords de nourrir ma famille de pesticides au goût de salade verte. Je perds pied, tout ce choix m’étourdit. L’expression « de saison » n’a ici aucune traduction. Ma contrariété grandit chaque fois que je découvre une autre de leurs inventions.  En août, les raisins au goût de bonbons ont failli avoir raison de ma santé mentale. Où sont les sacs en papier ? A quand la révolution du bio, du vrac, du responsable ? Pourquoi vouloir toujours manger de l’exotique ?

Qu’on se le dise : l’Angleterre est très loin de l’esprit biologique. C’est à croire que le Brexit a eu lieu dans l’assiette.

Bon… je sais, j’exagère, j’en fais trop, j’en rajoute, je complote. Oui, je sais, on peut aussi se faire livrer du bio. D’ailleurs, j’ai essayé. A peine de quoi remplir un étage de mon frigo, et c’est mon compte en banque qui a hurlé : « mais du bio ? mais qu’est-ce que c’est que ce luxe ! tu te prends pour la Reine d’Angleterre ? »

Je l’avoue … Je rêve d’un Biocoop, d’une Amap, d’un marché ! Je rêve de pouvoir croquer dans un fruit mûr ! Je rêve de pouvoir choisir un à un mes champignons et de ne plus voir ces fruits coupés-pesés-emballés-étiquetés ! Je rêve de fraîcheur, de salades variées, de caddie équilibré !

Je ressors déconfite. Mon caddie plein de polypropylène, ou éthylène, ou oléfine : j’ignore ce que j’achète . J’ai l’impression d’être Candide au pays du plastique. Alors je sais au moins ce que je ferai en rentrant de mes pérégrinations : je cultiverai mon jardin !

10 réflexions au sujet de « Au pays du plastique »

    1. C’est une réaction toute personnelle, et je pense que selon les habitudes qu’on avait acquises avant, la rupture est plus ou moins importante. Dans le saumurois, manger bio était vraiment plus simple. Et même Super U était à mon avis moins plastique que Sainsbury’s. Les étals de fruits et légumes étaient plus appétissants.

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  1. J’ai l’impression que c’est vraiment pire qu’en France! Existe-t-il de vrais marchés ou des halles avec des produits frais ? Pas étonnant que l’espérance de vie dans certaines régions, où même quartiers de grandes villes, ne dépasse pas 67 ans… C’est l’équivalent de pays sous-développés. Par contre les industries agroalimentaires,elles, sont florissantes… Good Luck et bon appétit quand même 🙄

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    1. Bon cela reste notre expérience et je ne voudrais m’attirer les foudres de personne… mais sans voiture, compliqué d’accéder aux farm shop (qui ne sont pas bio)… Le marché n’a rien à voir avec notre cher marché de Saumur… On n’a pas les mêmes critères. Mais les Anglais cuisinent quand même moins que nous. Le taux d’obésité y est plus important qu’en France, et à mon avis c’est lié. C’est surtout Biocoop qui me manque. Acheter mon riz sans plastique, j’y avais pris goût ! On s’habitue, et ensuite ces petits gestes devenus quotidiens nous manquent.

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  2. Il doit bien y avoir un marché à Worcester. Chez nous , c est plusieurs fois par semaine et presque toute la journée. Par contre, est ce que tu pourras y aller à pied? Je ne sais pas. À Lichfield (bon, je sais c est huppé) , y a un marché de petits producteurs aussi. Mais c est vrai qu il n est pas évident d avoir les infos sur ces événements au début.

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    1. Le marché de Worcester n’est pas terrible. Et le bio est plus cher de toutes façons. Oui il faut conduire. Je trouve qu’acheter bio est plus un effort d’une manière générale. Ou alors il y a la livraison à domicile, mais il n’y a plus le plaisir de faire son marché.

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  3. Tristes tropiques…
    j’ai ressenti le même malaise en Nouvelle-Zélande,
    du plastique, des fruits et des légumes sans goût, du pain gonflé à l’hélium, des viandes tartinées de sauces étranges, des produits d’importation bas de gamme à des prix exorbitants… ET bcp, bcp de take-away…

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  4. Et en plus s il faut prendre sa voiture pour acheter bio c est dommage, c est plus sympa à pied ou à vélo avec son panier en osier pour l approche globale :p. Mais c est plus difficile dans les grandes villes aussi peut etre.

    Ici on arrive à trouver des producteurs locaux, bio ou non par contre, mais par contre le plastique effectivement c est une vraie plaie. Des efforts commencent à être faits pour une prise de conscience générale. Ça va venir. Il est grand temps je crois.
    La société est très américanisee et plastifiee comme en Angleterre (je crois, d apres ce que tu decris) mais il y a vraiment encore une alternative je pense. Le pays est peu peuplé, la densité est faible. C est peut etre plus facile qu en GB de ralentir les dégâts ou tenter de renverser la vapeur. J y crois fort en tout cas et à notre petit niveau on essaiera d y contribuer.

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