Dans la valise du parent qui s’expatrie

Tout parent qui s’expatrie emporte avec lui une valise d’émotions plus lourde à porter qu’il ne se l’était imaginé.

Il pose sa valise dans son nouveau pays, l’ouvre et découvre d’abord l’Espoir et les Doutes. Ceux-là sont encombrants. Ils sont les premiers qu’il sort de son bagage. Sauront-ils s’adapter ? Vont-ils se plaire ? Ont-ils seulement compris ce que l’on fait ici ? Et seront-ils heureux ? Ne nous en voudront-ils pas ?

On vient là, main dans la main, puis on se lâche à la porte de l’école. Chacun découvre alors, seul, un pays différent. De nous tous, pas de doute, nos enfants sont les plus forts : ils vivent sans analyser, sans théoriser; ils vivent de plein fouet ce « choc culturel » sans savoir vraiment ce que ces mots veulent dire. Ils comprennent. Ils absorbent, ils s’y font. Ils vivent là, au présent, ne s’en échappent jamais comme on le fait parfois adulte quand on se réfugie dans un projet, ailleurs. Ils sont dans la vague, ils apprennent à glisser sur elle, à se dépasser. Ils nous dépassent.

Ainsi les doutes s’effacent, et vient la Fierté. Elle est immense. On voudrait embrasser ces petits êtres qui ne nous appartiennent plus tant. Ils s’accommodent, déploient leurs ailes et sourient enfin. On est si fier… Ils sont les meilleurs. Bien meilleurs que nous. À la fierté se mêle une énorme admiration : ah! Si j’apprenais aussi vite ! Ah! Si comme eux, je me posais moins de questions…

Mais un peu plus tard, on rouvre la valise, et on y retrouve sans s’y attendre d’autres doutes laissés là, et même un peu d’Angoisse. Car après quelques temps, ils ne sourient plus tant. Ils sont bien fatigués… l’éponge dégorge, elle n’absorbe plus. On ne comprend pas tout de suite, le leur ne ressemble pas au nôtre : le mal du pays. Aussi petits soient-ils, nos enfants expats le ressentent aussi.

Et c’est là qu’on découvre une émotion discrète, qui pesait lourd dans la valise : la Culpabilité. Et si … et si …? On ne regrette rien, pourtant on aurait voulu que ce soit différent. Oui, on aurait voulu pouvoir être tout puissant, lire dans leurs pensées, et beaucoup mieux les aider. Ne vous méprenez pas, on ne se sent pas coupables de les avoir emmenés là, les choses ne sont pas si noires, et ne sont pas si tranchées. On regrette simplement de ne pas parvenir à y voir un peu plus clair, à trouver les bons mots, toujours, à savoir comment les soulager.

Heureusement, le bagage n’en finit jamais de se vider, et d’autres émotions, meilleures on l’espère, plus dures peut être, attendent de sortir de notre lourde valise. La Joie fait sourire à nouveau, la douceur de vivre nous calme tous, et la valise qu’on a posée en arrivant se remplit de souvenirs d’enfants.

15 réflexions au sujet de « Dans la valise du parent qui s’expatrie »

  1. Magnifique, j’adore ton nouvel article, il est très touchant.
    Il y a cette phrase tirée de la Bible qui me fait justement penser à ton article:
    « Nos enfants nous montreront le droit chemin ».
    Merci pour ce partage, ton écriture est sensible et intelligente.
    Toujours un plaisir de te lire

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  2. Tres juste ce texte! A chacun de nos mouvements, que ce soit en France ou a l’etranger, on a pu observer chez nos enfants un petit coup de mou quelques mois apres l’arrivee. Quelquefois, ca met du temps a passer et elles regrettent leurs amis, leur ecole, etc… Un petit truc pour positiver: leur faire noter 3 choses qu’elles aiment dans leur nouvelle vie (a l’ecole, dans leur nouvelle maison, dans leur assiette, …), ou au moment du repas, demander quel a ete le meilleur moment de la journee. Ca permet de montrer qu’il y a plein de choses apreciables dans cette nouvelle vie. Et bien sur, les filles gardent le contact avec leurs vieux amis (vive internet, skype et les emails!). Apres quelques annees, la valise est tres lourde de souvenir!!!

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, j’imagine que vous avez des tonnes de souvenirs ! Parfois on se prend à rêver d’une vie de nomades, mais on doit faire des choix dans la vie… En tous les cas, rien qu’une fois, ça vaut déjà le coup, et on voit les enfants prendre une énorme confiance en eux. Ce n’est pas toujours simple, mais dans l’ensemble, qu’est-ce qu’ils se débrouillent bien ! Je crois que le mot résilience a été inventé pour eux ! 🙂

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      1. Je viens de lire ton texte. Il me parle tellement ! Cette grande famille qui ne comprend pas. « Mais si vous êtes heureux pourquoi vous partez ? »
        J en ai discuté longuement avec un ami de ce sentiment d abandon que ressent la grande famille et particulièrement les grands parents. Il y a de l amour dans tout ça bien sur mais aussi une incapacité à admettre qu on peut être heureux aussi loin de ceux qu on aime. Admettre que ce n est pas forcément aimer moins que de partir. Ce sera ma plus grande peine ou colère ou un mélange des deux.

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