Tiré par les cheveux

Il y a toujours quand on s’expatrie des désagréments auxquels on ne s’attend pas. Les sites Internet n’en parlent pas, les anciens expats n’en parlent pas. C’est un véritable tabou, un sujet que l’on tait. Parce qu’on sait…

Oui, futur candidat à l’expatriation, vous aurez beau tout lire, tout prévoir et tout imaginer, il y a des choses, des petits détails qui vous manqueront, contre toute attente, beaucoup : les jours fériés, la baguette, la chaleur en été, le froid en hiver, Guillaume Meurice dans votre autoradio, les bisous édentés de votre voisine… Et puis il y a ces personnes que vous n’imaginez pas regretter quand vous serez parti et que vous regretterez pourtant. Non, je ne parle pas de votre belle-sœur ni de votre dentiste (encore que…). Je parle d’un être cher, à votre quotidien indispensable, à votre estime personnelle salutaire : votre coiffeur !

Alors avant de partir ayez soin de lui offrir une boîte de chocolats, un bouquet, que sais-je… Prenez-le en photo, faites sa pub sur Internet, embrassez-le et faites-le danser sous la pluie, parce que oui, cher candidat à l’expatriation, il va vous manquer !

Je repense aujourd’hui, mélancolique, à ces après-midi heureux où je sortais fièrement de son salon, les cheveux brillants, savamment ondulés, les cheveux au vent et pourtant impeccablement coiffés. Pour faire durer le plaisir, je ne rentrais pas chez moi tout de suite… il y avait ce moment où j’arpentais les rues de ma ville sensuelle comme « la fille de la pub de Tahiti douche », sûre de moi comme « la fille qui dit parce que je le vaux bien »…

Ces jours heureux ne sont plus. Mes cheveux ne brillent plus, les boucles sont devenues noeuds, et je les cache, honteuse, sous une capuche, un bonnet ou une casquette. Parfois les trois. En quelques mois ma crinière est devenue pure crin – si je le pouvais, je m’habillerais en toile de jute pour ne pas dénoter.

Pourtant, j’ai essayé. Manger local, trop difficile pour moi; coiffeur local: je ne le referai pas. Parce que j’ai osé une fois confier ma chère chevelure à une spécialiste des cheveux bleus, roses ou verts (parfois les trois), je déclare solennellement devenir la Raiponce du Royaume-Uni et me laisser pousser les cheveux jusqu’à terre tant que je vivrai sur cette île.

Des précautions, j’en avais pourtant pris plein. Telle une Sherlock capillaire, j’avais espionné chaque salon, observé chaque entrée et sortie et comparé l’état des chevelures suivant des critères précis : la couleur (on n’est jamais à l’abri d’un arc en ciel sur le chignon d’une grand-mère), la longueur (la notion de parallèle n’est vraisemblablement pas étudiée par les maniaques du ciseau) et enfin l’esthétique : tout subjectif que soit ce dernier point, il est tout de même des attentats au bon goût que l’on ne pardonnera pas.

J’ai donc osé, une fois, sûre d’avoir déniché le salon idéal, celui qui supporte injustement, telle une victime silencieuse, les clichés sur les coiffeurs anglais. Erreur, c’est un coupable que j’ai trouvé: la victime, ce fut moi.

Cheveux secs: elle a coupé. Un peu dans tous les sens: elle a coupé. Un peu n’importe comment : elle a coupé. A peine un peu d’eau, elle a vaporisé ; puis un peu de laque: c’en était fini de moi. Les restes brûlants de ma défunte chevelure gisaient au sol. Elle les a sinistrement dégagés d’un coup de balai. Elle m’a tendu un miroir, et j’ai retenu un râle en découvrant les tranchées creusées à l’arrière de ma tête. Au lieu de pleurer, j’ai souri; au lieu de me plaindre, j’ai dit merci; au lieu de m’enfuir, j’ai sorti ma carte bleue et laissé, hypocrite, un pourboire non mérité.

Je suis sortie, tournant le dos à ce qui avait été un jour ma dignité. J’ai remis ma capuche, et juré, honteuse et confuse, qu’on ne m’y reverrai plus.

20 réflexions au sujet de « Tiré par les cheveux »

  1. Que de (mauvais, très mauvais…) souvenirs lorsque j’ai lu ton article. Tu m’a replongé 5 ans en arrière. Je confirme ! Les coiffeurs (s’ils méritent d’être appelés ainsi) anglais sont affreux ! J’ai testé aussi de nombreux salons de coiffure sans succès. Et les coiffeuses de mon coin sont les mêmes que dans le tien. L’une de mes coiffeuses avait les cheveux roses bonbon avec un léger dégradé bleu fluo. Je tremblais comme une feuille lorsqu’elle a touché mes cheveux. J’ai même eu une coiffeuse qui m’a littéralement brûlé les cheveux avec une coloration. Mes cheveux ressemblaient également à du crin. Petite astuce. Essaye de trouver une coiffeuse à domicile sur Internet. C’est ce que j’ai fait après les massacres des coiffeuses. J’en ai trouvé une qui est assez bien. Mes cheveux sont mieux qui ne l’ont été. En revanche, question coupe, elle est comme les autres. Elle ne sait pas couper droit. Mais bon au moins ma couleur est bien faite. Bon courage !

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    1. Ahah, je ne suis pas la seule. Je déteste entretenir les clichés et je jure sur ce qu’il me reste de couleur que mon intention n’était pas celle-là. Mais j’ai dû me résoudre à l’évidence. Chercher un bon coiffeur va être compliqué, un peu comme la quête du Graal. 😜

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  2. Je suis triste pour toi…
    j’avais une chevelure comme la tienne, et c’est vrai qu’un mauvais coiffeur peut très vite être dépassé par une magnifique crinière.
    Même en France j’ai essuyé des revers monstrueux, je suis souvent rentrée chez moi en pleurant, comme si on ne comprenait pas la vigueur et la fantaisie de mes boucles sauvageonnes.
    Depuis j’ai une coupe très courte qui réclame la même exigence, si elle est ratée, c’est totalement ringard.
    Quand je suis arrivée dans ma nouvelle ville j’ai fait comme toi, je surveillais les allées et venues au pied des salons. Je détaillais le mobilier, les coiffeuses, la déco…
    Et un jour, j’ai découvert un salon un peu en replis par rapport à la route, dans la vitrine deux chiens magnifiques (ce sont des lévriers -frères jumeaux )…ces chiens reflétaient un je-ne-sais-quoi d’infiniment élégant, un bon goût évident(je ne te parle même pas du mobilier, du bouquet de fleur…).
    Je suis entrée, la voix du coiffeur, grave, posée et chic m’a fait succomber.
    Depuis je ne prête mes cheveux qu’à Philippe!
    Tu vas trouver, je demande à l’univers de te guider vers la bonne personne qui saura rendre le charme et la toute puissance que mérite ta coiffe sacrée.
    Bises

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    1. Merci merci. On ne mesure pas l’importance du coiffeur dans notre quotidien. En France je faisais 45 mn de trajet pour retourner chez mon coiffeur. Le pire a été la coiffeuse qui a massacré ma frange pour mon mariage ! 😏
      Ici j’ai triché. Je suis retournée en France chez quelqu’un de confiance, et là, la coiffeuse a bien ri … 😅

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      1. Tu sais quand j’étais en Nouvelle-Zélande, je scrutais les salons de coiffure, et je ne voyais que des coupes étranges, des cheveux pastels , des franges hasardeuses, et je m’étais fait la réflexion: « si je dois vivre là bas, pour mes cheveux, il me faudra faire un pacte avec le diable ».
        Je me disais: « après tout tu peux te découvrir une âme de Blondie ou de Cyndie Lauper, et pourquoi ne pas mettre un peu de punk attitude à tes cheveux? ».
        Nous ne partirons pas , c’est peut être mieux ainsi, et je garde mon Philippe, qui a le toupet de fermer tout le mois d’août🤨!!
        Bises et vive les coiffeurs qui parlent à l’oreille des cheveux

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  3. Ah la la! A chaque déménagement je fais aussi mon enquête afin de trouver celui qui me massacrera… le moins! Je crois que j’ai trouvé ici a Lichfield. So far so good. J’ai même osé des meches qui font très naturel! Si le coeur t’en dit la prochaine foisqie tu viens en visite… sur rdv et il prend à l’heure!

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  4. Je ressens tellement ta frustration et déception. J’avais été dans le meilleur coiffeur de la ville, un 5 étoiles, tout le monde m’en a dit du bien. Résultat mauvaise couleur, à peine coupé les pointes (de travers naturellement) et la sensation de m’être bien faite avoir…

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  5. Souvenirs, souvenirs… Les deux meilleures coiffeuses de ma vie ont été deux petites Françaises à Londres. L’une est ensuite partie travailler à Dubai, l’autre a poursuivi dans des salons de luxe. Adorables, professionnelles, elles me manquent chaque fois que je dois retourner chez le coiffeur. En Italie, j’ai eu une chance inouie à Bologne, conseillée par une collègue de travail… Mais depuis que je suis à Pérouse, je flippe. Mes cheveux se meurent, mais je crains trop le désastre. Alors, une grosse étoile pour ce petit article, qui a fait remonter des souvenirs, et m’a rappelé qu’il serait temps que je me bouge un peu.

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