Je ne veux pas le meilleur pour mes enfants.

Voilà, c’est dit. Jetez-moi dans les douves, clouez-moi au piloris. Je ne suis pas une mère parfaite, et je ne veux pas de perfection pour mes enfants.

L’arbre le plus fort, qui vous protégera des tempêtes, n’est pas raide comme un obélisque, lisse comme un HLM : l’arbre fort abrite des creux, des noeuds, des cicatrices qui décorent son écorce et racontent mille histoires. Je vous veux comme cet arbre, les champignons en moins.

Le temps qui passe efface les crasses du passé. L’aiguille de l’horloge polit le souvenir, et ce que l’on regrette comme un état de grâce, lumineux, parfait, n’a certainement été qu’un moment éclairé. On avait ouvert les yeux, c’est tout.

Ma vie n’est pas parfaite, et c’est très bien comme cela. Les moments de doutes, de larmes, ce jour que j’ai passé enfermée dans le noir, cette prof qui m’a détestée, cette collègue qui m’a humiliée, ce moment où j’ai débarqué dans la salle obscure du service de néonatalité, ce jour où j’ai fait demi-tour, où j’ai craqué… tous ces moments m’ont construite. Et si je ne suis pas solide comme la roche où mes fils viennent s’écraser comme des navires désorientés quand ils sont fatigués, énervés, apeurés… je suis au moins plus tendre, plus moelleuse, plus accueillante qu’une version parfaite de moi ne l’aurait été.

J’ai souffert de courir après la perfection, et à bout de souffle j’apprends à abandonner. À me libérer. À m’accepter. À trop vouloir plaire, on oublie de s’aimer.

Oh… Je ne veux pas de ça pour mes enfants ! Je ne veux pas leur faire croire que tout doit briller, que le meilleur existe, ni même qu’il méritent ce qu’il y a de mieux. Je ne leur promets pas que tout ira mieux, qu’ils sauront parfaitement, qu’ils seront les premiers. Je suis fatiguée de lire, d’entendre, de voir des parents s’acharner à trouver un recoin du monde où leur progéniture ne souffrira pas. La lutte est ailleurs que chez soi.

Ce monde, il faut l’améliorer. Oh… pas le rendre parfait. Pour lui, c’est drôle, on n’y prétend même pas. Ce monde il faut l’aimer, le cultiver, l’embrasser de nos espoirs en cette humanité qui fait si bien quand elle ne s’égare pas à vouloir le meilleur, le parfait, le sans creux, le sans noeuds, le sans écorce autour de son bois.

Mes enfants : je ne suis pas une mère parfaite, je ne vous le souhaite même pas. Vous n’aurez pas la meilleure école, la meilleure santé, les meilleures études, les meilleurs loisirs, le meilleur de moi. Ce sera juste « comme ça ». Et je vous assure que ça vous ira.

Tant qu’on s’aime et qu’on s’amuse, le meilleur, mes enfants, ça ne compte pas.

14 réflexions au sujet de « Je ne veux pas le meilleur pour mes enfants. »

  1. Ton article est magnifique. Je l’ai partagé sur ma page FB. Tu as raison, il faut s’aimer, aimer les autres, aimer le monde, avec ses imperfections et ses incertitudes. Ce qui n’empêche pas de vouloir l’améliorer, mais dans une logique de bienveillance collective et pas d’individualisme qui piétine la gueule des autres pour leur grimper dessus.

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  2. Ouiiiii un nouvel article de Madeleine !!!! Mais c’est ça être parfait, c’est donner le meilleur de nous !
    Et le meilleur de nous parfois ce sera des bras et des larmes quand nos enfants pleurent, parfois ce sera ce fondant au chocolat qu on aura fait trop cuire à trop jouer aux Uno avec eux, ou tout simplement ce pantalon dont on aura fait péter le bouton à avoir mangé une si bonne tartiflette entre amis la veille 🙂

    Aimé par 1 personne

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