Je ne suis pas mon métier

Rébellion aujourd’hui. Rébellion contre le langage, rébellion contre le système, rébellion contre un modèle de pensée qui m’a modelée pendant trop d’années.

Ce matin je me réveille, au sens propre, au sens figuré. J’ai passé la journée d’hier à envoyer des mails, à fouiller et farfouiller dans les méandres du site officiel de mon administration, à me heurter à des « CODE 404 », « page introuvable » pour toutes réponses à mes questions existentielles.

Existentielles ? Non. Professionnelles. Et ce matin je me réveille, je réalise. Je ne suis pas mon métier. Quand on nous pose la question, « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », on répond toujours « je suis ».

– Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

– Je suis prof, je suis archi, je suis vendeur, je suis taxi…

– Et qu’est-ce que tu fais de ton temps libre ?

– Je fais du sport, je jardine, je peins, j’écris.

Pourquoi ÊTRE son métier, et FAIRE ce que l’on est vraiment ? Non, je ne suis pas mon métier. Je fais. Et ce verbe faire a des limites que le verbe être n’a pas. Des limites essentielles. Des limites qui me permettent d’exister. De 8h à 18h, je FAIS prof, archi, comptable. Mais je ne cesse pas d’être moi.

Non, je n’ai pas deux identités, j’ai juste un rôle à jouer, un costume à porter, un métier dont je peux me défaire si je veux paraître autre chose. Un métier que je peux changer si j’ai changé, s’il ne me plaît pas.

Je ne suis pas mon métier. Je suis moi. Et je suis mère, je suis amie, épouse, amante. Fille de. Sœur de. Je fais la prof, l’archi, la comptable pour qui a besoin d’une prof, d’un archi, d’un comptable (et pas besoin de moi). Mais je suis bien plus que cela.

Que sur ma tombe on écrive tout sauf ce que j’ai fait. Car j’aurai fait trop de choses. Qu’on écrive plutôt qui je fus : et ce sera bien plus qu’un métier. On nous limite à une mission, on nous « oriente » sur un chemin. Traversons la forêt, il y a tant à voir !

Alors, qu’est-ce que vous FAITES ? Et qui ÊTES-vous vraiment ?

6 réflexions au sujet de « Je ne suis pas mon métier »

  1. Comme tu as raison! Je dis toujours a mes filles qu’on ne leur collera pas une etiquette sur le front pour la vie et qu’elles pourront « faire » plein de choses et surtout changer de metier plusieurs fois ! Bonne chance avec l’administration…

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  2. Une chose est certaine: je ne suis plus prof. Je crois que je ne l’ai jamais été. J’ai fait, comme tu dis, et c’est déjà pas mal du tout. Je n’ai pas le sentiment d’avoir changé d’identité depuis que j’ai changé de métier. Intérieurement, intrinsèquement, je suis toujours la même. C’est la société qui te donne l’impression que ton métier te définit. Et se rendre compte que c’est faux, enjamber ces idées préconçues, ça donne un intense sentiment de liberté. Aujourd’hui, j’ai vraiment la sensation de FAIRE un métier. Et la certitude que la normalité professionnelle se situe dans ce verbe.

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    1. « La normalité professionnelle se situe dans ce verbe »… la normalité, je ne sais pas, le bien-être en tous cas je le crois… On te prépare tellement à n’« être » qu’une seule personne devenue adulte… A tel point que tu perds ton équilibre mental à plonger les deux pieds dans le travail… et sombrer dans le « burn out ». Oui tu as bien raison, la société nous définit par notre profession, si bien que les mères au foyer par exemple n’existent même plus pour la société… Ta libération professionnelle est un exemple pour moi. Merci de m’avoir lue et merci pour ton commentaire. 🌹😘

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      1. Oui, je crois que c’est ce que je voulais dire par « normalité »: avoir un rapport sain à son métier, un rapport impliqué mais qui reste distancié…récemment je lisais un article de développement personnel qui rappelait que le but dans la vie n’est pas de devenir ce que la société attend de vous mais ce qui vous fait vous sentir bien, tout simplement. Mais je pense qu’on a besoin de mûrir et de se tromper pour en arriver là. Je ne dis pas que je me suis trompé de métier, mais que je me suis sûrement trompée sur moi-même. Je me suis convaincue que j’étais faite pour « être » prof, alors que rien n’était plus faux. C’est aussi en ça que je me sens libérée, au delà du fait d’avoir quitté les bateau. J’ai le sentiment de ne plus rien devoir à personne en terme de « réalisation professionnelle ». Merci beaucoup pour tes mots qui me touchent!

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