Bon voisin, mauvais voisin

Mon père, ce philosophe, dirait qu’un voisin est toujours un mauvais voisin, mais ce n’est pas vrai. Chez les voisins, il y a les bons voisins et les mauvais voisins. Chez les bons voisins, il y a les bons voisins qu’on aime bien, et les bons voisins qu’on n’aime -quand même- pas. Chez les mauvais voisins, il y a les mauvais voisins qu’on n’aime pas… et les mauvais voisins qu’on aime encore moins. Portraits.

Les mauvais voisins ne font rien de mal, vraiment…

Les mauvais voisins qu’on n’aime pas surveillent par la fenêtre, parfois à découvert, parfois à travers les persiennes, vos moindres faits et gestes. J’en ai autour de chez moi :

« Ah j’ai vu que vous aviez commandé un ventilateur ! C’est une bonne idée par ces temps chauds. »

« Ça pousse vite, hein, les mauvaises herbes… »

 » Ça s’est bien passé le week-end avec vos parents ? Ils viennent de Paris, n’est-ce pas ? »

Ces mauvais voisins, je ne les vois pas, mais eux me voient. Ils me connaissent, m’épient, m’espionnent et commentent, papelards, les petits faits de mon existence. Ma vie, c’est leur feuilleton Derrick, et ils ne s’en lassent pas.

À cause d’eux, je me coiffe, je me maquille et mets un soutien-gorge avant d’ouvrir mes volets. À cause d’eux, je chuchote quand je bavarde devant chez moi, et je surveille, pleine d’appréhension, à gauche, à droite, devant, encore à gauche, etc. avant d’attraper furtivement mon colis Amazon déposé sur le palier. Personne ? Ouf ! Ils ne sauront pas que j’utilise Prime !

À l’instar de Sartre, je dirais que « la ville, c’est les autres ». Et c’est pas toujours simple de faire avec.

Les mauvais voisins sont trop bruyants

Il y a des voisins que j’aime encore moins, et eux font beaucoup de bruit. Pour commencer, ils ont une piscine. Les splash et les sploush des bains de minuit attisent ma jalousie. Les splash et les sploush de l’après-midi, au milieu des cris des enfants et des remarques tonitruantes de la voisine en bikini (« Chériiii ! Tu peux m’apporter mon transat gonflaaaable ? ») m’horripilent : mais qu’est-ce que c’est que ces gens qui s’amusent sans se taire, sans se cacher, et sans honte ? J’écoute, rongeant mon frein et me rafraîchissant avec un tuyau d’arrosage, ce vacarme scandaleux, maudissant l’existence tapageuse de ces gens-là.

Ces mauvais voisins ont, par-dessus le marché… un panier de basket, un fils qui joue de la batterie, une fâcheuse tendance à tondre le dimanche et l’insouciance des bricoleurs qui terrassent leur terrain les jours fériés.

Non, vous l’aurez compris, je n’aime pas ces voisins. Heureusement, les choses s’arrangent quand ils vendent leur maison, partent sans avoir trouvé d’acheteur, et laissent le jardin à l’abandon. Quand l’agent immobilier organise des visites, je branche mon enceinte sur la terrasse et chante à tue-tête Dalida. Je laisse le chien aboyer et hop ! Une vente d’annulée !

Un bon voisin est un voisin absent

Les bons voisins savent se taire et surtout fermer les yeux. Quand ils me croisent tôt le matin et que je suis en pyjama, les yeux collés et les joues froissées, la coiffure d’un poney et l’air hagard, ils me saluent sans me regarder. Ils ont l’obligeance de ne pas me discerner, comme des myopes sans lunettes, le regard vague, et sans même remarquer mes seins qui ballottent et mes tongs roses Crocs. Ils sont même si polis qu’ils n’essaient pas d’engager la moindre conversation : on ne se parle pas, et c’est très bien comme cela.

Les bons voisins savent se garer au millimètre près sans dépasser la frontière invisible entre leur clôture et la mienne. Ils n’ont pas d’enfants, ou juste un seul, si solitaire et si silencieux qu’un chat ferait plus de bruit. D’ailleurs, les bons voisins n’ont ni chat ni chien : aucune déjection féline dans mon jardin, aucun aboiement à 6 heures du matin, rien. Les bons voisins ont peut-être des animaux, mais je ne les sens pas : un poisson rouge ou un hamster en cage dans leur salon, c’est ça, la civilisation !

Moi j’aime pas les voisins !

Bon, d’accord, je ressemble à un vieil ermite dont la grotte se serait retrouvée entourée d’immeubles à cause de l’urbanisation… Pourtant, j’ai choisi d’habiter en ville. Pourquoi ? Parce que dans le fond, j’aime les gens. J’aime m’assoir au café et écouter les conversations. J’aime scruter la dame qui sort de sa cabine d’essayage, ridicule comme un fagot de haricots comprimés dans du mauvais lard. J’adore marcher le long des quais et deviner quel couple se disputera bientôt. Je goûte au plaisir de voir un papi courtiser une mamie devant la boulangerie… J’aime la ville.

Mais je n’aime pas les voisins ! Tout se gâche quand on habite à côté. L’odeur du gratin sur mon pallier à 7 heures du matin, le moteur de la vieille Peugeot ou celui du scooter du fils lycéen, et pire ! le bruit du pipi de la nuit de mon voisin nu sous son peignoir, ponctuel et dégoûtant.

J’ai toujours habité en ville, en maison, en appartement, et je peux le dire franchement : je vous aime quand vous êtes loin chers voisins !

Contrainte désormais par le jugement de ces braves gens, je désherbe mon allée, et je balaie devant ma porte. 😉

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